![]() lors des travaux préparatoires de percement |
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paru dans Pyrénées-Magazine n°14 Mars-Avril 1991 page 66 Au printemps 1967, la jonction s'opéra dans le ventre de la montagne. Les ouvriers espagnols qui s'activaient au creusement du premier tunnel routier transfronalier- il n'y en a pas d'autres aujourd'hui - fêtèrent l'événement, en passant à leurs homologues français un baril de vino clarete,du rosé, à quatre pattes autour de la première brèche. Après bien des vicissitudes, le tunnel d'Aragnouet-Bielsa fut ouvert à la circulation en 1976 : c'était l'aboutissement de plus de vingt ans de tractations menées par les maires de Saint-Lary, d'Aragnouet et de Bielsa auprès des autorités centrales des deux pays. À l'époque, les caciques franquistes et l'administration centraliste tricolore n'avaient bien sûr jamais entendu parler de décentralisation. Les projets de tunnel étaient déjà légion, on parlait du Puymorens, du Somport, de Gavarnie, d'une liaison Luchon- Venasque... Mais en 1959, quand la commission franco-espagnole étudia les dossiers, le plus avancé était celui d'Aragnouet-Bielsa : feu vert lui fut donné contre toute attente- Cheville ouvrière de ce succès, Vincent Mir,maire de Saint-Lary depuis quarante-sept ans. Rusé, entêté et séducteur, celui que les habitants du Sobrarbe appellent avec respect « don Vincente » n'a pas hésité à se rendre en Espagne jusqu'à trois fois par mois six ans durant, rencontrant notamment le député-maire de Huesca et le gouvernement de la province. « C'était une véritable épopée, se souvient-t-il. Je passais en voiture par le col du Somport ou le tunnel de Viella. J'allais chercher mes amis de Bielsa, puis on allait à Huesca. Au retour, je ramenais mes Espagnols et je refaisais tout le tour ! » Dans un livre qui vient juste de paraître, Un tunnel pour don Vicente, Marianne Bernard raconte les détails croustillants de cette saga. Elle raconte que le maire de Huesca et le gouverneur étaient abreuvés de « petits cadeaux » innocents : beurre fermier, fraises des bois, truites... Preuve de cet acharnement : la politique du fait accompli. Afin de forcer la main des décideurs, une piste fut percée de part et d'autre de la montagne. Troublés par tant de conviction, les autorités cédèrent. Déjà, au siècle dernier, les habitants de Bielsa et d'Aragnouet se donnaient le mot pour chasser ensemble les collecteurs d'impôts indésirables. Le tunnel n'est finalement que le prolongement de ces échanges ancestraux. Malheureusement, au sud, il débouche sur un désert humain. Mais l'essentiel est sans doute ailleurs... |
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SITES SAUVAGES ET VIEILLES PIERRES DU HAUT-ARAGON |
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extrait d'un argumentaire en faveur du tunnel émanant de l'office de tourisme de Saint-Lary. Des Carthaginois et des Barbares aux foules aoutiennes de notre temps, les grands courants humains entre France et Espagne sont toujours passés par les étroites bandes cotières basques et catalanes que les Pyrénées laissent entre elles et les Deux Mers. De la fin du Moyen Age à nos jours, des raisons militaires et politiques plus peut-être que géographiques ont laissé les Pyrénées Centrales dépourvues de tout moyen de communication moderne, entre Somport et tunnel de Viella, c'est à dire sur 80 km de chaîne couvrant une partie de la frontière de la Haute-Garonne, des Basses Pyrénées et la totalité de celle des Hautes-Pyrénées. Aussi l´ouverture en fin 1975 de la route internationale par le tunnel Aragnouet-Bielsa est-il un événement touristique et économique d´une extrême importance. Bien que notre propos ne soit pas l'incidence économique de cette réalisation, on ne peut passer sous silence que l'Association pour l'axe Hambourg- Algésiras (prolongé vers Scandinavie et Afrique) a choisi la Vallée d´Aure et le tunnel Aragnouet-Bielsa pour point de franchissement des Pyrénées. En effet, pour la région Cévennes-Languedoc ce passage est axé sur l´Aragon de Huesca et de Saragosse et sur Madrid, desservant des deux cotés des Pyrénées des régions que le développement de l'industrie et de l'économie moderne laisse dans des cônes d´ombres regrettables» Sur le plan touristique, l'intérêt d'Aragnouet-Bielsa est encore plus immédiat. Département à vocation touristique» les Hautes-Pyrénées proposent un ensemble de centres d'intérêt de tout premier ordre, avec ses stations de ski de Cauterets, Barêges, la Mongie, Saint-Lary-Soulan et Peyresourde, avec ses stations thermales, avec ses sites exceptionnels» du Pont d'Espagne, de Gavarnie, de Cap de Long et du Pic du Midi, avec Lourdes enfin , centre mondial de Pèlerinage. Mais centre d'intérêt de premier ordre, les Hautes Pyrénées étaient aussi un cul de sac,c'est a dire un territoire où l'on allait parce que l'on voulait y aller, mais où l'on ne passait pas en allant ailleurs. Grâce à Aragnouet-Bielsa , on doit espérer qu'il en sera autrement, et que dûment informés, touristes français du Centre et du Nord, touristes anglais, belges, allemands ou Scandinaves emprunteront un passage leur permettant de voir du nouveau. Ils passeront, mais aussi croyons nous, ils s'arrêteront.... En effet, sur le plan du grand tourisme, entre Madrid et Toulouse, les centres de réception hôtelière ne sont pas tellement nombreux. Aussi croyons-nous au profit que St-Lary peut tirer de sa position de gîte d´étape à quelque 500 kilomètres de Madrid, avec sa gamme de 800 lits, répartis de pension non homologuée à l'hôtel 3 étoiles. Du coté espagnol, le Parador de Pinède est déjà ouvert, au pied des glaciers du Mont Perdu. Comme partout où le tourisme espagnol a réalisé de tels établissements, on peut prévoir que de nouveaux hôtels en compléteront la capacité… Mais plutôt qu'une concurrence, cette situation est appelée à créer une concentration touristique favorable aux deux pays et aux deux vallées. Etape privilégiée, Saint-Lary-Soulan est déjà prête à retenir le touriste qui ne pensait y faire qu'une halte. Sa piscine» ses tennis, son centre équestre y sont en place dans ce but. D'autre part, on y viendra aussi pour visiter les alentours dans les Pyrénées françaises ou espagnoles. Bientôt en 1975, peut-être en 1976, la route à. péage de Gavarnie à Torla par le Col de Boucharo, assurera une liaison de Lourdes à la Ainsa par les sites d'une beauté extraordinairement originale du Cirque de Gavarnie et du Parador du Canon d'Ordesa...... |